Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 20:25

Dans ce troisième et dernier article consacré à la problématique de l'eau tritiée présente en Loire et dans les réseaux d'eau potable, nous vous donnons un aperçu de la mobilisation qui a conduit à porter au grand jour cette pollution invisible et qui ne veut pas dire son nom.

Mais au-delà de ce bilan, nous souhaitons également poser une question : "Et maintenant ?"

Être informé est important et nécessaire,  mais s'en tenir là, c'est risquer de n'avoir que les effets anxiogènes de cette prise de conscience. Il nous semble que l'action concrète est un moyen de dépasser les inquiétudes de façon constructive et que c'est un des rôles d'une association comme l'Atelier citoyen.

 

Le contenu de ces articles repose sur les travaux du collectif Loire Vienne Zéro nucléaire  - et de son observatoire des eaux du bassin de la Loire -  en partenariat avec le laboratoire ACRO (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest).

En pièce jointe, l'ensemble des articles réunis en un pdf

 

 

Un dispositif de surveillance sous-dimensionné

Au niveau des eaux de rivière, c’est l’industriel EDF qui réalise la surveillance de sa propre activité de rejet - ! - par un dispositif de prise d’échantillons dans des hydrocollecteurs amont et aval de la source de polluants. L’IRSN[1] profite de ces installations pour faire ses propres mesures. De forts doutes se font jour actuellement sur la localisation de l'hydrocollecteur situé en aval de Chinon, sur un petit bras derrière une ile et qui verrait à peine passer les propres rejets de Chinon ! (Note IRSN février 2020 et photo ci-dessous) 

 

 

image.png

 

Au niveau de l’eau potable, le dispositif de l'ARS[2] est inadapté à la connaissance du risque radiologique. Dans les usines de production d'eau de consommation, les mesures de radioactivité ne sont pas programmées en fonction de la proximité de la source polluante mais en fonction du nombre d'habitants concernés par le captage. Autrement dit, un captage rural à 20 ou 30 km de Chinon ne fera l'objet que de 4 mesures de radioactivité par an !

 

Entre le 19 et le 21 septembre 2020, une « erreur humaine » à la centrale de Chinon a conduit au rejet d'un jus 2,5 fois plus concentré en tritium que ce qui était prévu. Les exploitants d'eau potable, qui puisent dans la nappe alluviale 5 à 6 m sous la Loire à Montsoreau, à Saumur, à Coutures, ont-ils été prévenus que leur ressource pouvait être polluée au-delà de 150 Bq/l durant ces trois jours ? L'Agence Régionale de Santé était-elle en mesure de détecter cette pollution et de prendre des mesures ? La réponse est non à ces deux questions. Car EDF n'est pas tenu d'informer sur ses dates prévisionnelles de rejet et encore moins en cas d'incident et parce que l'ARS ne met pas en œuvre un protocole adapté au risque tritium pour les humains.

 

 

Depuis 2017, des citoyens se mobilisent

L’idée de travailler sur les rejets en Loire a été proposée en 2016 par l'association Sortir Du Nucléaire 49, alors en contact avec l’ACRO au sujet du plutonium trouvé à Montjean-sur-Loire[3].

Le réseau citoyen de surveillance des eaux de la Loire et de la Vienne s’est concrétisé avec la journée de formation des préleveurs, organisée avec l’ACRO en septembre 2017 à Chinon. Aujourd'hui c'est le collectif Loire Vienne Zéro nucléaire qui porte cet observatoire en partenariat avec le laboratoire.

 

 

image.png

 

 

Le réseau en bref

· 5 centrales concernées: 4 sur la Loire, 1 sur la Vienne

· Une vingtaine de préleveurs, militants écologistes, dont certains sont membres des CLI de chaque centrale[4]

· Un laboratoire agréé – l'ACRO – pour la recherche de radioactivité : tritium, carbone 14 et iode radioactif

· Un protocole :

§  Une fois par an pour chaque centrale, en été : eau brute, sédiments fins, végétaux marqueurs

§  Une fois par trimestre pour chaque centrale : eau brute

§  Une fois par mois à Saumur (effluents des 5 centrales) et sur la Vienne : eau brute et eau du réseau potable

· Une rencontre physique par an, pour faire le bilan

 

Sur une année, près de 150 échantillons sont envoyés à l’ACRO, qui assure les analyses et les finance sur fonds propres. Les préleveurs assurent la réalisation des prélèvements, à intervalles réguliers, selon un protocole pour lequel ils sont formés. Ils financent le temps, les déplacements et les envois postaux. Sur une base de bénévolat valorisé, on se situe à près de 90€/échantillon soit environ 13 000 €/an (dont 70% pris en charge par l’ACRO).

 

Activité tritium à 310 Bq/l en janvier 2019 à Saumur : un pavé dans la Loire

Les préleveurs et l’ACRO ont porté à connaissance du grand public la pollution radioactive permanente des rivières et de l’eau potable par l’industrie nucléaire[5]. Une pollution à bas bruit  toute l'année - 20 à 50 Bq/l – mais également des pics qui restent à ce jour inexpliqués par les autorités « compétentes ».

Ces instances – ASN, IRSN[6] – se sont vu obligées de trouver une explication à cette mesure de 310 Bq/l, qui constitue une mise en cause de leur modèle de dilution des polluants du nucléaire. Le protocole ACRO ayant été revalidé par elles, il fallait chercher la cause ailleurs.

 

image.png

L’explication la plus probable : la zone de « bon mélange » des effluents n’existe pas, ou bien elle se situe à des dizaines de kilomètres de l'égout-clarinette.

On aurait donc des filons d’eau fortement pollués qui s’étireraient dans le fleuve, lors des largages. Il est possible qu’en janvier 2019 à Saumur les préleveurs aient plongé leur bouteille dans ce filon au milieu du pont alors qu’il n’y avait peut-être que 20 ou 30 Bq plus près des rives.

Ce mauvais mélange des rejets polluants, s'il est confirmé, devrait interpeller les producteurs d'eau potable : sont-ils toujours sûrs de ne pas prélever dans un de ces filons pollués ?

Une expérimentation a été lancée par l'ASN et l'IRSN à Saumur en novembre 2020 : elle a pour objectif de trouver une explication aux 310 Bq/l. Elle va constituer en 4 mois de prélèvements quotidiens, pour un coût de 300 000 €. Cet investissement colossal montre qu'ils ne connaissent pas la dynamique du risque tritium, le comportement de ce polluant au sein du fleuve imprévisible qu'est la Loire ; et que ce risque n'est pas anodin.

 

Ci-dessous, deux thermographies réalisées le 10 décembre 2020 à la centrale nucléaire de Chinon par les préleveurs volontaires. Chacune est accompagnée de sa vue photographique.

Sur la première, à l'amont du pont, les barres claires visualisent la sortie d'eau chaude au niveau de la clarinette-égout (les rejets polluants sont mélangés à ces eaux servant au refroidissement des réacteurs)

 

image.png
       
       
 

Ci-dessous, sur la seconde thermographie, à l'aval du pont d'Avoine, on visualise le filon d'eau plus chaude, qui s'étire dans le lointain sans se mélanger immédiatement au reste du fleuve : « Zone de mauvais mélange » jusqu'où  ???

 

 

     
 

 

image.png

 

Les directives ASN stipulent que le bon mélange devrait s'effectuer à 1 km au plus de la source de rejet. Ce n'est visiblement pas le cas.

 

Face à cette problématique du tritium en Loire et dans nos verres, que faire ?
 

Continuer à croire benoîtement les discours rassurants des institutions ? Cette politique de l'autruche sous la pression d'un puissant lobby peut-elle encore être cautionnée ?  Les citoyens sont assez matures pour avoir le droit d'être bien informés, sans céder à la panique.

Filtrer l'eau ? Inutile : le meilleur osmoseur[7] du commerce ne parviendra pas à séparer une eau tritiée d'une eau normale

Acheter de l'eau en bouteille ? Ce serait ajouter un désastre écologique à un autre, sans rien résoudre de la problématique de pollution, qui continuera à toucher les humains n'ayant pas les moyens économiques d'acheter des bouteilles et tous les non-humains qui vivent dans et autour de la Loire.

 

Intensifier l'action citoyenne ?

La Loire et ses affluents constituent à la fois un milieu de vie et une ressource exceptionnelle pour les êtres vivants ligériens. Rien ne justifie que ce bien commun soit sacrifié. La radioactivité tritium n'a rien à y faire au-delà du 1 Bq/l naturellement présent dans son eau.

 

Cette mobilisation citoyenne peut prendre différentes formes :

•       Soutenir financièrement les laboratoires indépendants, en devenant adhérent·e

•       Développer le réseau de surveillance indépendante des eaux de Loire et Vienne. Pour cela, bénévolat des militants et fonds propres de l'ACRO ne suffiront pas. L'appel à un financement participatif sera probablement lancé (« Financez 1, 2 ou x analyses tritium par an !») Il peut aussi s’agir de participer concrètement à l’action des groupes du collectif Loire Vienne Zéro nucléaire.

•    Exercer un travail de pression sur l'exploitant industriel des centrales, via les représentants associatifs à la CLI de Chinon notamment. Une première chose serait d'amener EDF à publier, quelques jours avant, ses dates de rejet d'effluents, tout au long de l'année. Pour l'instant c'est un refus réitéré de la direction de la centrale de Chinon de produire ce minimum d'information.

•       Diffuser cette information auprès des pêcheurs professionnels et amateurs, des clubs de kayak et canoë, des agriculteurs irrigants de la vallée, des associations naturalistes. Au niveau de ces dernières, le message n'est pas aisé à faire passer, en particulier quand elles sont financées, au niveau national, par EDF et ses filiales RTE et ENEDIS, ce qui n'est pas sans conséquence y compris au niveau local quand il s'agit d'évoquer les effets de l'industrie nucléaire sur l'environnement. La même problématique se rencontre auprès des collectivités proches de la centrale, elles aussi bien sponsorisées.

•       Agir auprès de l'ARS pour la mise en place d'un protocole de surveillance du risque tritium efficient au niveau des prélèvements d'eau brute et en sortie d'usine d'eau potable

•       Agir auprès des députés et des sénateurs pour demander 1/ l'abandon de la référence aux 10 000 Bq/l de l'OMS. 2/ la mise en place d'une norme limite de potabilité de l'eau de consommation à 10 Bq/l comme le demandent l'ACRO et la CRIIRAD.

•       Doter la Loire d'une personnalité juridique propre[8] - comme ça se fait ailleurs dans le monde pour des rivières, des forêts, des montagnes – de manière à pouvoir l'aider à aller en justice et demander réparation des préjudices qu'elle subit en tant qu'écosystème dont nous, humains, sommes une partie[9].

•       Permettre aux habitants de se porter en justice sur la base du préjudice d’anxiété ? Il peut être plaidé quand une personne est obligée de vivre en étant exposée à un risque avéré – non certain mais possible - pour sa santé. Une jurisprudence favorable existe, dans le secteur des mines notamment.

•       et... toute autre idée

 

La prise de conscience est importante mais, aujourd'hui, l'action l'est encore plus. Que ce soit à titre individuel, au travers d'un engagement politique ou comme acteur associatif, nous pouvons tous faire quelque chose pour la défense de nos biens communs, et en particulier de ce fleuve qui nous relie sur plus de 1000 kilomètres.

 

Une rencontre, un débat pour prolonger la réflexion au sein de l'Atelier citoyen ou dans tout autre cadre ?

N’hésitez pas à vous manifester auprès de l’Atelier citoyen ou directement auprès de Jean-Yves Busson, rédacteur de ces articles - jybusson@orange.fr - qui transmettra aux membres du collectif Loire Vienne Zéro nucléaire, cheville ouvrière de cette démarche citoyenne. Un contact pourra aussi s'établir avec le collège associatif de la CLI, Commission Locale d'Information de la centrale de Chinon, dont il fait partie.

 

[1] IRSN : Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

[2] ARS : Agence Régionale de Santé

[3] Ce plutonium est un « cadeau » des gestionnaires de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux à la Loire, déversé à la suite d'un accident de fusion du cœur d'un réacteur en 1980. Le plus grave (et méconnu) accident nucléaire qu'à connu la France

[4] CLI : Commission Locale d'Information, une par installation nucléaire. Animée par les Conseils Départementaux, elles siègent une à deux fois par an via quatre collèges - Elus, syndicats, associations, personnes qualifiées

[5]Tous les résultats sont disponibles sur le site de l’ACRO

[6]Autorité de Sûreté Nucléaire ; Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire

[7]L'osmoseur est un dispositif permettant de produire de l'eau considérée comme pure selon le principe de l'osmose inverse. Il débarrasse l'eau de la majeure partie de ses solutés tels que les chlorures, les sulfates, les phosphates, etc. https://fr.wikipedia.org/wiki/Osmoseur

[8]A travers le Parlement de Loire, une démarche est en cours pour doter la Loire d'une personnalité juridique. http://polau.org/incubations/les-auditions-du-parlement-de-loire/

[9]Voir les travaux de Valérie Cabanès, notamment son engagement d'avocate pour amener la Cours Pénale Internationale à se doter de la compétence de jugement du crime d'écocide.

 
Partager cet article
Repost0
15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 17:41

Dans le cadre des activités de l’Atelier citoyen autour de l’eau, nous vous proposons de faire le point sur la pollution radioactive des eaux de la Loire et donc dans notre eau d’hygiène et de boisson.

Ce second article apporte quelques éléments sur ce que l'on sait de l'impact du tritium - hydrogène radioactif - sur les organismes vivants.

Deux points essentiels y sont abordés :

  • L'eau tritiée est le Cheval de Troie des radiations cancérogènes dans les cellules vivantes
  • La norme internationale de potabilité, fixée par l'OMS à 10000 Bq/litre, repose sur un postulat scientifique erroné qui conduit à minimiser le risque tritium

Ces articles sont rédigés par Jean-Yves Busson[0], avec l'appui des membres du Conseil d'Administration de l'Atelier citoyen.

Leur contenu repose sur les travaux conduits dans le cadre du collectif Loire Vienne Zéro nucléaire  - et de son observatoire citoyen des eaux du bassin de la Loire -  en partenariat avec le laboratoire ACRO (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest).

N'hésitez pas à transmettre et/ou à réagir via la messagerie de l'Atelier citoyen

Les impacts de l'hydrogène radioactif sur le vivant
 

Sous prétexte que sa désintégration émet une radiation de faible puissance, le tritium n’a pas fait l’objet de beaucoup d’études poussées. Mais les scientifiques sont de plus en plus nombreux à penser que le risque tritium a été sous-estimé.

Une donnée est avérée : la radiation du tritium est de courte portée – 5 à 7 microns, à comparer à la taille d'une cellule animale d'environ 20 microns – mais de forte énergie ionisante. Appliquée sur un noyau de cellule animale ou végétale, elle va endommager ou détruire le matériel chromosomique qu’il contient. Cette donnée relève d’expérimentation et ne peut pas être contestée.

image.png

 

A partir de là, tout est une question de statistiques : quelle est la probabilité qu’une désintégration de tritium ait lieu à proximité immédiate d’un noyau ? Cette malchance va dépendre de différents facteurs, notamment,

· La dose, la concentration de contaminants dans l’eau

· la durée d’imprégnation

· le degré de pénétration dans les organismes

Pour les habitants ligériens en aval des 5 centrales nucléaires,

o    la dose varie entre 20 et 50 radiations par seconde et par litre au robinet (hors pic de pollution)

o    l’imprégnation est permanente, depuis 50 ans, avec une augmentation récente liée à l'usage accru du bore comme régulateur de la réaction nucléaire

o    le taux de pénétration de l’eau tritiée dans les cellules des organismes est supposée de 100%. La molécule d'eau radioactive circule partout comme l'eau pure et il n’y a rien qui permette d'affirmer qu’elle épargne certaines parties du corps.

Bienvenue dans la grande loterie des agents mutagènes, avec plusieurs tirages possibles, de probabilités inégales :

 

image.png

 

-      Cas 1 - La cellule abîmée ne se reproduit pas, elle meurt

-      Cas 2 - La cellule abîmée se reproduit de façon tumorale mais est précocement détruite par le système immunitaire de l’organisme

-      Cas 3 - La cellule produit une tumeur qui passe au travers des mailles du filet immunitaire et évolue en cancer

C'est le taux d'occurrence du cas 3 qu’il faudrait connaître.

Une chance pour les pollueurs : le fait que l’eau tritiée circule partout dans l’organisme rend l’étude de son impact très difficile et rend ces cancers pratiquement intraçables.

Le caractère invisible, inodore et sans saveur de cette pollution constitue un aspect important de sa minoration, de son acceptation par les habitants.

Imaginez la situation suivante : si vous tiriez un litre d’eau au robinet, dans une bouteille transparente et que, durant la nuit, vous voyiez 30 à 40 luminescences fluorescentes par seconde, quelle serait votre réaction ? Quand bien même on vous affirmerait que ces luminescences sont sans danger, est-ce que vous boiriez cette eau avec la même confiance ?

L’être humain est un animal avant tout visuel. Il n’est qu’à voir le tollé provoqué en 2019 dans l’agglomération angevine par de l’eau du robinet légèrement jaune, mais saine, lors d’un test des réserves de secours au niveau de l’usine d’eau potable. Il y a eu de nombreux cas de gastroentérites… par pur effet nocebo !

En se basant sur le seul aspect de la faible portée de pénétration de la radiation tritium, l’OMS[1] a défini une limite de potabilité à 10 000 Bq/litre[2] ! Toutes les administrations du monde confrontées au risque tritium s’abritent derrière cette norme, cet arbre qui veut cacher la forêt.

La norme des 10000 Bq/l est inepte car basée sur un postulat expérimental faux, issu des observations d'irradiations d'êtres vivants. Elle ne tient pas compte du fait que l'eau tritiée véhicule la radioactivité au plus près du matériel génétique, au sein même des cellules.

Au vu des avancées de recherche sur l’effet des cancérogènes par une imprégnation prolongée à faible dose, il est probable que dans un avenir proche, cette norme sera dénoncée pour son caractère minimiseur des risques liés au tritium.

Via ce lien,

https://www.lemediatv.fr/emissions/2020/centrale-nucleaire-du-tricastin-le-rapport-glacant-commande-par-greenpeace-C9sGdwJrSYW7-f0RAQKjMg

une interview à ce sujet, de Bruno Chareyron, directeur de la CRIIRAD[3], ingénieur en physique nucléaire. Il y dit clairement : « En matière d’exposition à la radioactivité, il n’y a pas de seuil d’innocuité ».

Également de Bruno Chareyron, en pièce jointe : dans un article du Courrier de l'Ouest du 12 décembre 2020, il répond aux questions du journaliste Nicolas Thellier. Il explique ce mécanisme des faibles doses et met en cause la norme de 10 000 Bq/l dont l'origine remonte aux études post-Hiroshima au milieu du 20ème siècle.

Il est important de noter que l’ACRO et la CRIIRAD ne sont pas des organisations anti-nucléaires. Ce sont des associations indépendantes dans lesquelles travaillent des scientifiques hautement qualifiés et dont le pouvoir d’agir et la liberté de parole sont garantis par le soutien – financier notamment – que nous, citoyens, leur apportons.

Merci pour votre attention sur un sujet parfois ardu, qui fait pour certain·e·s appel à de lointains souvenirs en classe de physique-bio-chimie au lycée !

Cet effort de compréhension est important, dans l'exercice d'une citoyenneté éveillée et critique :)

Très bientôt, un troisième volet consacré justement aux mobilisations citoyennes, qui apportent la preuve de l'insuffisance des dispositifs de contrôle de cette pollution radioactive et questionnent la posture de l'autruche adoptée par les pouvoirs publics, et notamment par nos élus locaux.


 [0] JY Busson est membre de la CLI - Commission Locale d'Information - de la centrale de Chinon (collège associatif) ; membre du réseau citoyen de surveillance de la radioactivité dans le bassin de la Loire (coordination) du collectif Loire Vienne Zéro nucléaire

[1]OMS : Organisation Mondiale de la Santé

[2]Sous la houlette de l’AIEA, agence internationale à l’énergie atomique. L’utilisation des mots clés « liens OMS AIEA » dans un moteur de recherche apporte des données fiables concernant l’assujettissement de l'une à l'autre.

[3]CRIIRAD : Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité. C’est l’autre acteur scientifique indépendant né après Tchernobyl, avec l'ACRO

 
Partager cet article
Repost0
15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 17:27

Dans le cadre des activités de l’Atelier citoyen autour de l’eau, nous vous proposons de faire le point sur la pollution radioactive des eaux de la Loire et donc dans notre eau d’hygiène et de boisson.

Qu'a-t-on appris depuis le 15 septembre 2018, date à laquelle l'Atelier citoyen s'était associé à un événement sur les pollutions invisibles du fleuve ?

Nous vous proposons trois articles pour aborder trois thématiques :

1 – le tritium dans l'eau potable, réalité ou fausse rumeur ?

2 – L’impact sur le vivant

3 – Des citoyens en action

Ces articles sont rédigés par Jean-Yves Busson1, avec l'appui des membres du Conseil d'Administration de l'Atelier citoyen

De la radioactivité dans l’eau du robinet en Maine et Loire : réalité ou fausse rumeur ?

La réponse est sans ambiguïté : c’est une réalité quotidienne pour les habitants ligériens, et en particulier pour les angevins et les nantais, en aval des 5 centrales installées sur la Loire et la Vienne.

C’est un collectif de citoyens militants qui, avec l’aide de leur partenaire scientifique – l’ACRO, association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest – ont, en 2018, porté à connaissance du public cette problématique connue depuis longtemps d’un petit nombre mais depuis longtemps dissimulée aux autres.

Les résultats de trois ans de travail de cet observatoire prouvent,

  • La quasi-permanence d’une activité radiologique, tout au long de l’année, au fil des largages –rejets autorisés – de polluants par l’une ou l’autre des 5 usines. Ceci dans les eaux de rivière et, en conséquence, dans le réseau potable

  • L’observation, inexpliquée, de pics de pollution, qui prennent en défaut les modèles théoriques de dilution des effluents par les centrales

De quelle radioactivité parle-t-on ?

Il s’agit de carbone 14 et surtout d’hydrogène radioactif ou tritium, qui à lui seul représente 99,8% de la radioactivité rejetée.

L’activité radiologique se mesure en Becquerel : 1Bq = une désintégration - donc une radiation associée - par seconde.

Le rejet annuel de tritium se monte à 250.000 milliards de Becquerels en Loire et Vienne2.

Pour le diluer à 25 Bq/litre3, il faut disposer de 10 milliards de m3 d’eau de rivière !

Par exemple, en janvier 2019, les quatre centrales sur la Loire ont totalisé 74 jours de rejets, ce qui signifie que, en moyenne, chaque jour deux à trois centrales sur quatre rejettent du tritium.

 

image.png

 

Toujours en janvier 2019, Civaux a rejeté tous les jours

Parfois l'eau manque : En été, la centrale de Civaux doit « retenir » ses rejets jusqu’aux pluies d’automne, du fait du trop faible débit estival de la Vienne.

Cartographie ACRO 2020 : localisation des 5 centrales nucléaires du bassin

https://www.acro.eu.org/wp-content/uploads/2019/08/RAPPORT_LoireVIENNE_2019.pdf

D’où vient cette radioactivité ?

Elle ne résulte en aucun cas d’une erreur, d’une anomalie, d’un dysfonctionnement : le tritium est un déchet incontournable, issu de l’activité normale des centrales nucléaires et qui ne peut pas être filtré : le rejet dans l’environnement – atmosphère et eau – est la seule solution (hormis le stockage qui n'a pas été envisagé).

Chaque centrale dispose de plusieurs réservoirs de 500 à 700 m3 qui reçoivent des « jus » concentrés : Par exemple sur le mois de janvier 2017, les 7 000m3 rejetés par Civaux avaient une activité tritium de 1 million de Bq/l.

Le largage d’un réservoir se fait dans le canal de sortie des eaux de refroidissement des réacteurs. Le tout sort dans le fleuve – à 1000 ? 4000 ? 8000 Bq/l ? – au niveau de la « clarinette », un tuyau d’égout percé de trous.

 

image.png

Ci-dessus, une observation attentive permet de distinguer les 11 trous de la clarinette (égout) de la centrale de Chinon, 200 m en amont du pont

Qu’est-ce que le tritium ?

L’hydrogène normal, lors des réactions nucléaires, reçoit deux neutrons et devient du tritium, de l’hydrogène radioactif. C’est la première forme, gazeuse, hypervolatile. Sa production est très liée à l'utilisation de bore, qui permet de ralentir la réaction nucléaire, donc de réguler à la baisse l'activité d'un réacteur.

image.png

En milieu liquide, ces hydrogènes radioactifs vont prendre la place des 2 hydrogènes normaux dans la molécule d’eau H2O : on a alors une molécule d’eau tritiée T2O qui est STABLE dans le temps. Le rejet en Loire par les centrales nucléaires est essentiellement sous forme d’eau tritiée.

image.png

Quand elle est ingérée par un organisme vivant, composé lui-même de 75 à 95% d’eau, cette eau tritiée va agir comme un vecteur pour propager la radioactivité au cœur même des cellules de cet organisme.

Une partie va ressortir par la sueur et les urines.

Une partie va être utilisée, comme une molécule d’eau normale, pour des constructions métaboliques telles que la fabrication de sucres, de graisses, de protéines. On parle alors de tritium organiquement lié – TOL – qui va rentrer dans la chaîne alimentaire – micro-organismes, végétaux, animaux aquatiques,... - et peut s’installer durablement dans les tissus vivants.

La période biologique – durée moyenne de présence dans l’organisme – se mesure en,

Tritium gazeux :

secondes

Eau tritiée :

jours, semaines

TOL :

mois, années

 

Ci dessous, un extrait d'une carte produite par l'ACRO en juillet 2019, qui valorise les données du ministère de la Santé, et visualise les communes dont l'eau potable est impactée par une contamination au tritium. Disponible sur leur site, http://www.acro.eu.org/carteeaupotable/index.html#6/46.740/5.383

 

image.png

 

Le Maine et Loire apparaît clairement comme un des départements les plus fortement concernés. 40% des communes du département présentent des valeurs significatives en tritium

Dans les prochains jours, nous vous proposons un article sur faisant un point sur ce qu'on sait de l'effet du tritium sur les organismes vivants, sur fonds de polémique au sujet des normes de potabilité de l'eau polluée par ce radioélément.

1  Membre de la CLI, Commission Locale d'Information de la centrale de Chinon, collège associatif ; membre du réseau citoyen de surveillance de la radioactivité dans le bassin de la Loire (coordination)

2  Données cumulées à partir des ARPE – autorisations de rejets et de prélèvements d'eau - délivrée à EDf par l'Autorité de sûreté nucléaire

3  25 Bq/litre est une teneur courante à votre robinet

 

--

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 16:40

- Rétrospective 2016 -

Dans le cadre de la protection de nos ressources en eau,
Mardi 7 juin a eu lieu un échange avec un vigneron bio.

    

Dans la poursuite de nos activités sur la protection de nos ressources en eau ainsi que la protection de notre santé, nous avons rencontré, le mardi 7 juin dernier, un vigneron qui a récemment conduit la conversion de son vignoble à l'agriculture biologique.

Nous avons pu échanger avec lui sur ses motivations pour la suppression des pesticides et des désherbants, les effets attendus sur le milieu naturel, sur l’eau et les sols, les effets sur la qualité du vin et sur la santé, etc...

Tous les adhérents de l’Atelier Citoyen présents ont beaucoup apprécié l’accueil, l’enthousiasme et aussi l’aspect technique de cet échange.

Tous ont aimé la visite des rangs de vigne, celle du matériel utilisé pour travailler la terre au plus près des ceps, la visite du pressoir, … et la dégustation offerte !

Nous avons terminé tard, mais tous étaient enchantés !

 

Échange avec un vigneron bio
Échange avec un vigneron bioÉchange avec un vigneron bio
Partager cet article
Repost0
10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 08:09

Suite à l'article du 23 avril 2016 "La Loire, dernier fleuve sauvage d'Europe ?" faisant le constat des effets de l’industrie nucléaire sur notre fleuve, s’est posée à travers certaines réactions, la question de notre capacité de citoyen à agir concrètement.

 

Concernant la contamination en Loire, à part croiser les doigts quand on boit de l’eau du robinet, nous ne pouvons pas faire grand-chose...

En matière de purification de l’eau de boisson, l’utilisation d’un filtre à osmose inverse est la seule façon de garantir une eau débarrassée de ses polluants.

 

A l’échelle du fleuve, il faudra sans doute faire pression sur les pouvoirs publics pour,

  • Avoir des compléments d’enquête sur la contamination – eau et air – lors des accidents de 1963 et 1980.
  • Exiger des mesures en continu en sortie de centrale, par une structure indépendante, comme cela existe déjà sur le Rhône (actuellement ici, le rythme est mensuel et le protocole est fragmentaire)
  • Réglementer fortement - voire interdire - les travaux sur le lit majeur du fleuve, qui conduiraient à remuer des sédiments et donc à remettre en eau libre des particules contaminées au plutonium.

 

 

Une action devrait se monter dans ce sens, par un collectif d’associations, dans les prochaines semaines.

 

A l’échelle de la région, du pays, c’est la question du nucléaire dans son ensemble qui se pose. La contamination au plutonium n’est qu’une petite partie d’un vaste problème.

 

L’idée n’est pas ici faire culpabiliser les bienheureuses personnes qui pensent que l’industrie nucléaire française est infaillible, que le nuage de Tchernobyl a touché tous nos pays voisins mais pas la France, qu’il n’y a donc pas eu d’explosion des maladies de la thyroïde ; que l’électricité produite est bon marché, qu’elle n’émet pas de CO2, qu’on sait traiter les déchets et démanteler une centrale ; que la Ministre est digne de confiance quand elle affirme que la chute sur une centrale d’un avion gros porteur chargé de kérosène ne présente pas de risque ; que la production de déchets radioactifs n’est pas une abjection morale vis-à-vis de nos descendants,...

 

Les lignes qui suivent s’adressent à eux mais surtout aux 47% - sondage IFOP avril 2016 – de personnes qui sont maintenant convaincues qu’il faut arrêter cette technologie.

 

Que puis-je faire en tant que citoyen, pour sortir par le haut de toutes les informations anxiogènes qui s’égrènent au quotidien ?

 

Adhérer à une association qui se mobilise activement pour l’arrêt du nucléaire

Sur le Maine et Loire, 47% de la population majeure, cela représente 282 000 personnes. Les associations en question doivent regrouper environ 100 adhérents, 0.4%. Il y a donc une belle marge de progression possible dans la mise en cohérence entre pensée et actes concrets !

Adhérer, c’est une autre manière de voter.

 

Participer à au moins une action militante par an

Ces associations offrent la possibilité de s’investir – même ponctuellement – dans des actions concrètes. Elles ne vous demanderont pas de descendre en rappel d’une tour réfrigérante de Chinon-Avoine. Ce ne sont pas des extrémistes : plutôt des profils éduc pop, des gens posés et déterminés, qui réunissent beaucoup de compétences prêtes à s’investir dans l’après nucléaire, en matière d’énergies renouvelables, de réduction des gaspillages énergétiques.

 

Aller voir son maire

… ou un autre élu de proximité, pour engager le dialogue avec lui, connaître sa position. Maire, conseiller départemental, député : des permanences existent, rarement utilisées par nous pour des démarches d’intérêt général.

Les réponses à trois questions centrales sont à demander en priorité :

  • Concernant l’eau prélevée en Loire pour usage domestique, êtes-vous en mesure de nous garantir qu’une contamination de la ressource par des particules radioactives peut être détectée ? traitée ?
  • Concernant les transports de matières radioactives sur notre territoire, en cas d’accident – sur route ou rail – serez-vous informé, et pourrez-vous informer les personnels de secours, les riverains, de la dangerosité particulière du chargement ?
  • En cas d’accident à la centrale de Chinon, pensez-vous qu’au-delà de 20 km, les populations, qui ne font l’objet d’aucune information ou préparation particulière, sont à l’abri du risque de contamination ?

 

Si chaque élu est amené à répondre – en toute logique par la négative – à ces questions posées par un certain nombre de ses administrés, la problématique devrait changer d’échelle.

 

Préparer une lettre !

Demandez aux agents immobiliers les difficultés qu’ils commencent à avoir pour vendre des maisons entourées de cultures fortement chimisées, vignes et arbres fruitiers notamment.

Le jour où un accident grave se produit sur une centrale ailleurs en France, ici dans un rayon de 70 à 100 km autour de Chinon, les maisons, les exploitations agricoles, les entreprises perdent du jour au lendemain la moitié de leur valeur. Si c’est Chinon la malheureuse élue, l’ensemble de notre patrimoine immobilier et productif ne vaudra plus rien en quelques heures.

Il faut donc préparer dès aujourd’hui une lettre de demande d’indemnisation aux industriels du nucléaire, car le jour où ça arrivera, vous aurez autre chose à penser, ce sera toujours ça de fait !...

 

Réduire sa consommation d’électricité

C’est la plus accessible des démarches ; bénéfique pour l’économie du ménage, elle apporte sa pierre à la déstabilisation du nucléaire, qui lui a besoin de toujours trouver preneur, de jour comme de nuit, pour sa production non régulable.

 

Devenir client d’Enercoop

C’est le seul fournisseur d’électricité en mesure de garantir que chaque kWh vendu a été acheté physiquement à un producteur d’énergie renouvelable sur nos territoires, à l’exclusion de toute fumeuse compensation sur un marché mondial virtuel.

Pour l'instant, ça reste un peu plus cher que EDF mais du fait des investissements de sécurité que ce dernier va devoir faire sur les centrales – une partie du plan Grand Carénage, estimé 100 milliards d’euros par la Cour des comptes - la tendance devrait s'inverser (effet de ciseau avec le prix des renouvelables en baisse).

 

Investir dans les énergies renouvelables

Plusieurs possibilités s’offrent, il y en a pour toutes les bourses :

  • Devenir soi-même producteur, en électricité photovoltaïque par exemple ; vous contribuerez à décentraliser la production d’énergie et donc à réduire les investissements que doit faire la collectivité pour renforcer les réseaux.
  • A défaut, casser une assurance-vie investie sur des marchés financiers plus ou moins glauques, pour placer les fonds dans un projet de renouvelables participatif et citoyen : via Energie Partagée ou « Eoliennes en Pays d’Ancenis » par exemple. Si vous êtes étudiant-e-s sans le sous, vous avez bien une mère-grand ou un tonton qui pourra vous faire l’avance.
  • Et pourquoi pas créer, sur nos communes, une centrale photovoltaïque villageoise ? Des souscripteurs – habitants, élus, chefs d’entreprise – se réunissent pour créer une structure qui va gérer le projet : réunir le capital, choisir un fournisseur pour les équipements, louer les toitures aux particuliers, aux collectivités locales, etc. Nos villages ligériens ont une grande proportion de toit favorablement exposés et pourraient être le lieu d’une opération exemplaire. Un site internet est dors et déjà dédié au montage de centrales villageoises. Au sein de l’association Alisée un groupe est actif sur ce sujet.

 

 

 

 

 

Jean-Yves Busson

Le 15 mai 2016

 

 

Merci aux administrateurs de l’Atelier d’avoir permis l’expression de cette prise de position.

N’hésitez pas à vous exprimer sur ce sujet.

Partager cet article
Repost0
23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:37

La Loire, dernier fleuve sauvage d'Europe ?

En aout 2014, dans le cadre du cycle de l’Atelier citoyen consacré à l’eau, une vingtaine d’adhérents ont effectué sur deux jours une descente de Loire en canoé. L’occasion de découvrir, au travers d’une expérience concrète, la vie d’un fleuve auquel nous sommes très attachés, chacun à sa manière.

 

La première halte instructive s’était tenue sur un banc de sable au pied de la centrale nucléaire de Chinon-Avoine : un membre de Sortir du Nucléaire 37 était venu pour une mini conférence improvisée sur les impacts de l’usine sur la Loire.

 

Où l’on apprenait que, contrairement à l’idée commune, une telle centrale ne fait pas que pomper et relâcher de l’eau un peu plus chaude en sortie.

  • Effectivement, elle réchauffe, ce qui impacte les équilibres biologiques du milieu aquatique, surtout l’été
  • Elle prélève : chaque seconde, chacun des quatre réacteurs pompe environ 3 m3, dont seuls deux sont rejetés dans le fleuve, un tiers partant en vapeur (le fameux panache). Cela fait de l’industrie nucléaire le premier consommateur d’eau en France ; chaque kWh produit nécessite 56 litres d'eau. En cas d’été sec, danger pour le fleuve et danger pour la centrale!
  • De ses tours réfrigérantes s’échappent des légionnelles qui contaminent les alentours. Chinon est une de celles qui en produit le plus, du fait que les tours sont surbaissées pour des raisons paysagères. Et si les légionnelles sont traitées au chlore, c’est des chloramines qui retombent en pluie, entre autre, sur les vignobles du Chinonais …
  • Les eaux de lavages des équipements sont relarguées, jouant sur le principe de dilution et sur l’innocuité supposée des faibles doses radioactives. Même chose pour la vidange des piscines de réacteurs lors des arrêts de tranche programmés.
  • De nombreux produits chimiques et radioactifs sont rejetés par une tuyauterie percée qui s’avance dans le courant : soude, acide chlorhydrique, sodium, chlore, acide borique, détergents, ammoniaque, tritium, carbone 14, iode 131 et 134, césium 137 et 134, cobalt, manganèse, argent, nickel, etc

 

Une chose dont notre conférencier de plein air ne nous avait pas parlé, c’est de plutonium. Il ne nous en avait pas parlé parce que ce n’est pas possible. Retrouver une des matières les plus toxiques au monde dans une eau qui sert à la boisson de centaines de milliers de personnes, c’est juste garanti par les nucléaristes comme ne pouvant pas exister.

C’est impossible tant qu’on n’a pas prouvé que c’est possible.

 

 

Aujourd’hui la preuve est faite.

L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) vient de publier les résultats de carottages effectués à Montjean sur Loire dans des sédiments de crues permettant de remonter jusqu’au milieu du 20ème siècle. Ces résultats mettent en évidence, en plus du bruit de fonds des retombées issues des essais atomiques (!!), deux pics de plutonium, l’un en 1969, l’autre en 1980.

 

D’où vient ce plutonium ? Dans les deux cas, de la centrale de Saint Laurent des Eaux, à 250 km en amont de Montjean ! Dans les deux cas, la cause est… un début de fusion du cœur d’un réacteur. L’accident de 1980, largement sous-estimé à l’époque, se classe parmi les 10 plus graves au monde. L’infaillible colosse nucléaire français est passé tout près de la catastrophe, en toute discrétion.

 

Mais que faire de ces dizaines de kilos de déchets hautement radioactifs ? La priorité étant de ne pas ébranler la benoîte confiance de la population, une évacuation en Loire a été choisie : solution discrète et, qui plus est, économique.

 

Un adhérent de l’Atelier témoigne qu’à cette époque, des étudiants ont été recrutés comme liquidateurs. Beaucoup de liquidateurs car la mission était de courte durée : la dose d’irradiation maximale était atteinte en quelques minutes.

 

C’est un reportage de Canal+, au printemps 2015, qui a fait resurgir ce scandale, conduisant l’ancien patron d’EDF à se contredire pour finir par avouer face caméra (l’extrait vidéo de 15 mn, longtemps sur Youtube, n’est plus en ligne à la date du 20 avril 2016 ! La version complète est encore visible à cette adresse http://www.sortirdunucleaire.org/C-est-bien-arrive-du-plutonium-dans-la-Loire , l’accident de mars 1980 est expliqué à partir de la 14ème minute).

 

A la suite de quoi, à l’été 2015, une étude de terrain a été conduite sur 1 mètre de sédiments par carottage http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20160317_rejets-anciens-plutonium-Loire-resultats-expertise-sediments.aspx#.Vuu8LeZkFaU .

 

Le rapport est sans appel quant à l’origine industrielle des pics de contamination observés.

 

 

Est-ce dangereux ?

Le plutonium (produit par l'activité humaine à 99,..%), est l’une des substances les plus toxiques au monde.

Comme tous les corps radio actifs, il émet des rayons ionisants qui peuvent endommager des cellules vivantes, notamment lors de leurs divisions, et créer des débuts de cancer.

 

La radio toxicité varie suivant les isotopes (les « variétés ») du plutonium : l’isotope 239, majoritairement présent en sortie de centrales, émet des rayons alpha, très impactants, mais moins « traversants » que les rayons béta émis par le plutonium 241 (présent lui aussi mais en moindre quantité). L’isotope 239 est produit en grande quantité - plusieurs centaines de kg par réacteur et par an - et reste radioactif pendent des dizaines de milliers d’années.

 

La radio toxicité dépend aussi du mode de contamination :

  • Une particule de plutonium 239 (irradiation alpha) ingérée via l’eau de boisson ou les aliments pourra, avec un peu de chance, être excrétée via urine ou fèces. Mais nous ne sommes pas tous égaux en matière de qualité de la barrière biologique : si elle passe dans le sang, elle ira se fixer dans un quelconque tissus – os, foie, cerveau, gonades, etc. – et va ioniser les environs immédiats, en perdant progressivement son agressivité, à raison de -50% tous les… 24000 ans. C’est un peu une triple loterie inversée, où les risques de perdre dépendent des facteurs «1- j’en ai ingéré ou pas », « 2- c’était du 239Pu ou du 241Pu » ; « 3- j’ai une bonne barrière sanguine ou pas ».

  • En revanche si la particule est inhalée, les termes de la loterie sont très différents : « A tous les coups l’on perd ». Logé dans une alvéole pulmonaire, 1 microgramme de 239Pu entraîne systématiquement un cancer du poumon. Sachant que la densité du plutonium est quasiment de 20, un microgramme ce n’est pas gros, sans doute invisible à l’œil nu. Certes, il y a peu de chance d’inhaler celui qui est en Loire ! Par contre, le petit neveu qui est pompier volontaire et qui un jour devra peut-être intervenir sur l’incendie d’un camion transportant des matières radioactives ? Du fait du secret qui entoure les 90.000 transports annuels, sera-t-il en mesure d’assurer sa propre sécurité ?

 

 

Qu’en est-il de la dangerosité actuelle du plutonium réparti dans tout le cours du fleuve, sans doute jusqu’à l’estuaire, notamment dans l’eau pompée pour l’usage domestique ? Très difficile voire impossible à estimer. Sans parler de l’atteinte environnementale à un fleuve - patrimoine mondial de l’Humanité - souillé à jamais.

 

Qu’en a-t-il été de la contamination des populations entre 1980 et 1984 pendant les 5 années de relargage ? Il semble évident que l’eau de boisson, les poissons pêchés en Loire, ont dû contenir des concentrations plus fortes. Désinvolture, mensonge par omission et, au bout du compte, mise en danger des Ligériens ?

 

Sur ce dernier point, la CRIIRAD - Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité –demande un bilan de l’exposition des riverains et des travailleurs.

http://www.criirad.org/installations-nucl/st-laurent-des-eaux/CP_2016-03-25_St%20Laurent.pdf

 

Cette contamination est emblématique à plusieurs titres :

  • Elle montre clairement que la santé, la sécurité des habitants est une préoccupation secondaire de l’industrie nucléaire quand il faut faire des choix de gestion de crise.

  • Elle fait la démonstration de la capacité du lobby nucléaire à mettre sous influence l’ensemble des centres de décisions démocratiques, du haut en bas de l’échelle. 35 ans avant de pouvoir apporter la preuve !

  • Elle montre aussi que des moyens de lutte efficaces – lanceurs d’alerte, journalistes d’investigation, scientifiques indépendants – existent et doivent être soutenus.

 

 

N’est-il pas temps pour nous aussi, simples citoyens, d’agir contre ce fatalisme nucléaire, de « porter le fer » là où ça fait mal, dans les contradictions, le déni, les comportements d’autruches qui prédominent encore chez les personnes qui soutiennent cette énergie ?

 

N'est-il pas temps d'exercer auprès des décideurs un lobbying guidé par le souci des générations futures, pour contrecarrer le pouvoir d’influence néfaste d’une industrie qui nous ment depuis 50 ans et qui nous endette écologiquement pour 50.000 ans ?

 

La Loire, dernier fleuve sauvage, vous ne la regarderez plus jamais comme avant.

 

 

 

Jean-Yves Busson

22 avril 2016

Partager cet article
Repost0
3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 16:16

 

eau_potable.jpg

Partager cet article
Repost0

Nous contacter

Archives